Thermoablation et cryochirurgie du cancer de la thyroïde et de ses récidives cervicales

La thermoablation permet de détruire de façon ciblée certaines lésions cancéreuses de la thyroïde sous guidage échographique, sans incision du cou. La radiofréquence utilise la chaleur ; la cryochirurgie, aussi appelée cryoablation, utilise le froid. Ces traitements ne remplacent pas la chirurgie pour tous les cancers : ils peuvent être discutés pour un microcarcinome papillaire unique à faible risque ou pour certaines récidives cervicales localisées, après confirmation du diagnostic et concertation multidisciplinaire. À l’IRMI, le choix repose sur la taille, la localisation, les rapports avec le nerf de la voix, la trachée et l’œsophage, les traitements antérieurs et les priorités du patient.

Thermoablation d’un microcarcinome papillaire | IRMI

En résumé

01

Prise en charge

Une indication décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire, puis un geste guidé par échographie, sous anesthésie locale avec sédation adaptée, par une simple ponction.

02

Retour à domicile le jour même

Souvent possible après quelques heures de surveillance, jamais automatique dans un contexte oncologique complexe.

03

Préservation de la thyroïde et du cou

Aucune incision ni cicatrice ; le tissu sain est conservé et le nerf de la voix, la trachée et l’œsophage sont protégés par hydrodissection.

IRMI en quelques chiffres

+ 1 000
ablations percutanées guidées par l'imagerie réalisées par nos médecins
+ 15 ans
d'expérience en ablation percutanée et en oncologie interventionnelle
2 énergies
radiofréquence par la chaleur et cryochirurgie par le froid, choisies selon l'anatomie et l'objectif
À retenir

La chirurgie reste un traitement de référence du cancer différencié de la thyroïde, et la surveillance active est une option reconnue pour certains microcarcinomes papillaires. La radiofréquence peut être discutée pour un microcarcinome papillaire unique à faible risque, ou pour certaines récidives cervicales lorsqu’une nouvelle chirurgie est risquée ou refusée.

La cryochirurgie est moins documentée et réservée à des situations sélectionnées dans un centre expert. Une preuve du diagnostic est indispensable avant le geste, et un suivi prolongé est nécessaire après.

L’importance de l’expertise

Une ablation oncologique de la thyroïde se déroule dans quelques millimètres d’espace utile, au contact du nerf de la voix, de la trachée, de l’œsophage, des vaisseaux et de la peau. L’objectif n’est pas seulement de réduire la lésion mais de la détruire entièrement, avec une marge de sécurité. La précision dépend donc du diagnostic, de la cartographie échographique, du choix de l’énergie, du contrôle des marges et de la protection des structures voisines pendant tout le geste.

À l’Institut IRMI, cette précision repose sur plusieurs éléments :

  • Une culture de l’oncologie interventionnelle : le Dr Antoine Hakimé s’est formé et a exercé dans un grand centre de lutte contre le cancer (Institut Gustave Roussy), où il a publié des travaux sur le traitement endovasculaire des complications carotidiennes des cancers ORL (The Laryngoscope, 2013 ; JAMA Otolaryngology–Head & Neck Surgery, 2024).
  • Une expérience de plus de 1 000 ablations percutanées et de plus de 15 ans en ablation guidée par l’imagerie dans différents organes, par la chaleur comme par le froid.
  • La maîtrise de l’hydrodissection : une injection de liquide sous échographie crée une distance de sécurité entre la cible et le nerf de la voix, la trachée, l’œsophage, les vaisseaux ou la peau. Après une chirurgie du cou, les adhérences peuvent limiter cette séparation : sa faisabilité est évaluée en temps réel.
  • Deux énergies disponibles : la radiofréquence, la mieux documentée dans le microcarcinome papillaire, et la cryochirurgie, réservée aux configurations où la visualisation de la zone congelée apporte un avantage réel.
  • Une formation en neuroradiologie interventionnelle (cursus exigeant du DU), qui renforce la culture de protection des structures nerveuses et vasculaires du cou.
  • Une décision collégiale en réunion de concertation pluridisciplinaire, associant endocrinologue, chirurgien, oncologue et radiologue interventionnel.

Qu’est-ce que l’ablation percutanée d’un cancer de la thyroïde ?

L’ablation percutanée consiste à introduire une fine aiguille ou une cryosonde dans la lésion sous échographie, puis à appliquer une énergie qui détruit la tumeur avec une marge de sécurité. La cible reste en place et se transforme progressivement en tissu cicatriciel. Contrairement à une thyroïdectomie, rien n’est retiré, et il n’y a donc pas d’analyse complète de la pièce opératoire.

Dans le cancer de la thyroïde, l’objectif est oncologique : couvrir toute la lésion. La qualité du diagnostic initial, l’absence d’extension hors de la thyroïde ou de ganglion non traité, et la possibilité d’un suivi échographique prolongé sont donc essentielles.

Accédez à un avis expert

Vous avez un microcarcinome papillaire ou une récidive cervicale et souhaitez connaître toutes les options ? Nos médecins peuvent relire votre échographie, votre cytologie ou votre histologie, analyser les rapports anatomiques et comparer surveillance active, chirurgie, radiofréquence et cryochirurgie, en lien avec votre équipe.

Comment agissent la radiofréquence et la cryochirurgie ?

La radiofréquence

Une électrode fine délivre un courant qui élève la température du tissu. La tumeur et une marge autour d’elle sont traitées par déplacements successifs contrôlés sous échographie ; la zone devient non vascularisée puis se rétracte progressivement. C’est la technique qui dispose du plus grand nombre de données pour le microcarcinome papillaire et les récidives ciblées.

La cryochirurgie (cryoablation)

Une ou plusieurs cryosondes créent une zone de congélation visible à l’échographie ou au scanner ; des cycles de congélation et de réchauffement détruisent les cellules et leurs vaisseaux. La visualisation de la glace aide à suivre les limites du traitement, notamment pour des récidives au contact de la trachée ou des structures nerveuses et vasculaires. Les données restent issues de petites séries.

Qui peut être concerné par l’ablation ?

Microcarcinome papillaire à faible risque

Une ablation peut être discutée lorsque tous les critères essentiels sont réunis :

  • cancer papillaire confirmé par cytologie ou histologie, mesurant au maximum 10 mm ;
  • lésion unique, strictement à l’intérieur de la thyroïde, sans extension au-delà de la capsule ;
  • absence de ganglion suspect et de métastase à distance ;
  • absence de forme histologique agressive connue ;
  • localisation permettant une marge de sécurité et la protection des structures sensibles ;
  • patient informé des options reconnues (surveillance active, chirurgie, ablation) et pouvant bénéficier d’un suivi prolongé.

Récidive cervicale localisée

Après thyroïdectomie, une ablation peut être discutée pour une récidive ou un ganglion métastatique localisé, prouvé par prélèvement lorsque cela modifie la décision, en particulier lorsqu’une nouvelle chirurgie est rendue plus difficile par la fibrose et les adhérences, ou refusée.

L’indication tient compte du nombre de lésions, de leur croissance, des traitements antérieurs, notamment l’iode radioactif, et des rapports avec les nerfs et les voies aérodigestives. C’est une indication particulièrement pertinente lorsque la maladie est limitée et accessible.

Quand l’ablation n’est-elle pas indiquée ?

  • cancer médullaire, anaplasique ou autre forme nécessitant une stratégie spécifique ;
  • forme papillaire agressive ou atteinte multifocale étendue ;
  • extension à la trachée, à l’œsophage, aux nerfs ou aux vaisseaux ;
  • atteinte ganglionnaire multiple ou maladie métastatique nécessitant une stratégie globale ;
  • localisation ne permettant pas une marge de sécurité ou une hydrodissection efficace ;
  • impossibilité d’organiser un suivi oncologique prolongé.

Pourquoi le bilan avant traitement est-il essentiel ?

Le bilan confirme la maladie : échographie cervicale complète de la thyroïde et des ganglions, cytoponction ou microbiopsie, relecture anatomopathologique si le sous-type est incertain, bilan thyroïdien, et, après chirurgie, dosage de la thyroglobuline et de ses anticorps ; un scanner, une IRM, une scintigraphie ou un TEP sont réalisés si le contexte le justifie.

Il vérifie aussi la faisabilité : distance avec le nerf de la voix, la trachée, l’œsophage, les vaisseaux et la peau, possibilité de créer un espace d’hydrodissection, état des cordes vocales (surtout après chirurgie), nombre et volume des cibles, coagulation et conditions d’anesthésie.

Comment se déroule l’ablation à l’Institut IRMI ?

  1. Vérification : preuve du diagnostic, imagerie et décision de la réunion de concertation sont revues avant l’entrée en salle.
  2. Repérage : échographie haute résolution de la cible, des vaisseaux, de la trachée, de l’œsophage et du trajet du nerf de la voix.
  3. Anesthésie et protection : anesthésie locale, associée si besoin à une sédation ; hydrodissection lorsqu’elle est nécessaire, avec contrôle de sa stabilité pendant tout le geste.
  4. Ablation : l’électrode ou la cryosonde est positionnée dans la lésion ; la tumeur et la marge planifiée sont traitées progressivement, avec adaptation de la puissance, des cycles et de la trajectoire.
  5. Contrôle : une échographie Doppler finale vérifie l’absence de vascularisation résiduelle visible, puis la voix, la déglutition et le point de ponction sont surveillés avant la sortie.

Le geste se déroule dans un environnement hospitalier, avec une équipe d’anesthésie disponible en permanence sur site.

One Day Thyroid : un parcours coordonné sur une journée

One Day Thyroid peut regrouper sur une même journée la consultation spécialisée, l’échographie de référence, la relecture cytologique ou radiologique et la planification. Dans un dossier oncologique, ce parcours raccourcit les délais sans supprimer les étapes indispensables de concertation et de confirmation du diagnostic.

L‘intervention le jour même n’est jamais automatique : une seconde biopsie, un bilan ganglionnaire, un scanner, un examen des cordes vocales ou une réunion de concertation peuvent être nécessaires.

Suites de l’intervention et suivi oncologique

Après quelques heures de surveillance, le retour à domicile est souvent possible le jour même lorsque la voix, la déglutition et l’état général sont rassurants. Les suites possibles sont transitoires : douleur ou tension du cou, petit hématome ou œdème, gêne pour avaler, fatigue, modification temporaire de la voix.

Le suivi est organisé avec l’endocrinologue et l’équipe oncologique : examen clinique, échographie Doppler et bilan biologique adapté. Il recherche une zone résiduelle vascularisée, une nouvelle lésion ou un ganglion suspect ; après une récidive, la thyroglobuline complète l’imagerie.

Toute anomalie peut conduire à une biopsie, une nouvelle ablation, une chirurgie ou un traitement par iode radioactif.

Vous ne quittez pas le centre sans suivi

Avant votre sortie, vous recevez les prescriptions, les signes d’alerte et les coordonnées de l’équipe.

Un numéro dédié est accessible 24 h / 24 après l’intervention.

Une difficulté respiratoire, un gonflement rapide du cou, un saignement persistant, une perte brutale de la voix, des fausses routes répétées ou un malaise imposent d’appeler immédiatement le 15 (ou le 112).

Quels résultats peut-on attendre ?

Microcarcinome papillaire à faible risque

Une méta-analyse de 15 études portant sur 1 770 patients traités par radiofréquence, suivis en moyenne 33 mois, rapporte une disparition complète de la tumeur à l’échographie dans 79 % des cas et une progression tumorale chez 1,5 % des patients, sans métastase à distance. Seules 3 complications majeures ont été observées (deux troubles de la voix de plus de deux mois et un trouble du rythme cardiaque). Ces résultats ne s’appliquent qu’aux patients répondant strictement aux critères de faible risque.

Les recommandations américaines de 2025 sur le cancer différencié de la thyroïde reconnaissent désormais la surveillance active et l’ablation percutanée comme options possibles pour le microcarcinome papillaire. La disparition à l’échographie n’est pas le seul objectif : l’absence de récidive et de ganglion à long terme compte davantage, d’où la poursuite du suivi même lorsque la lésion n’est plus visible.

Récidive cervicale

L’objectif est un contrôle durable de la cible, la diminution de son volume et, selon le contexte, une amélioration biologique. Les recommandations européennes (ETA/CIRSE 2021) encadrent l’usage des traitements mini-invasifs dans ces lésions malignes. Pour la cryochirurgie, une série publiée en 2023 a rapporté son utilisation comme traitement de rattrapage de récidives inséparables de la trachée et des structures nerveuses et vasculaires ; ces données restent prometteuses mais limitées.

Risques, limites et alternatives

Les risques comprennent une douleur, un hématome ou un œdème, une modification de la voix le plus souvent transitoire, un trouble de la déglutition, une lésion cutanée, vasculaire ou nerveuse par la chaleur ou le froid, un saignement ou une infection, une ablation incomplète ou une récidive, et l’absence d’analyse complète de la pièce.

Dans notre expérience de plus de 1 000 ablations percutanées, les complications graves restent inférieures à 0,3 %. Si les adhérences empêchent une hydrodissection efficace, l’équipe peut modifier la stratégie ou renoncer au geste.

Option Situation où elle peut être discutée Point essentiel
Surveillance active Microcarcinome papillaire à faible risque, stable Évite un traitement immédiat ; exige un suivi régulier
Chirurgie Traitement de référence selon l'anatomie et le niveau de risque Retrait et analyse complète ; risques opératoires et hormonaux
Radiofréquence Microcarcinome à faible risque ou récidive localisée sélectionnée Technique d'ablation la mieux documentée
Cryochirurgie Configuration où la zone congelée visible apporte un avantage Données plus limitées ; centre expert
Iode radioactif, traitements systémiques Selon l'histologie, l'extension et la réponse aux traitements Intégrés à une stratégie oncologique globale
Option
Surveillance active
Situation où elle peut être discutée
Microcarcinome papillaire à faible risque, stable
Point essentiel
Évite un traitement immédiat ; exige un suivi régulier
Option
Chirurgie
Situation où elle peut être discutée
Traitement de référence selon l'anatomie et le niveau de risque
Point essentiel
Retrait et analyse complète ; risques opératoires et hormonaux
Option
Radiofréquence
Situation où elle peut être discutée
Microcarcinome à faible risque ou récidive localisée sélectionnée
Point essentiel
Technique d'ablation la mieux documentée
Option
Cryochirurgie
Situation où elle peut être discutée
Configuration où la zone congelée visible apporte un avantage
Point essentiel
Données plus limitées ; centre expert
Option
Iode radioactif, traitements systémiques
Situation où elle peut être discutée
Selon l'histologie, l'extension et la réponse aux traitements
Point essentiel
Intégrés à une stratégie oncologique globale
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Prise en charge financière

Avant toute programmation, l’équipe remet une information claire sur les honoraires, les frais hospitaliers et les conditions de remboursement. Selon l’indication, le parcours, la couverture de l’Assurance Maladie et les garanties de la complémentaire santé, une prise en charge sans reste à charge peut être possible.

Informations médicales importantes

Les informations présentées sur cette page sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas une consultation oncologique personnalisée. L’indication dépend de l’histologie, du niveau de risque, de l’imagerie, des traitements antérieurs et d’une concertation multidisciplinaire ; les bénéfices, risques, limites et alternatives sont discutés avec chaque patient avant toute décision.

Références

  1. Ringel MD, Sosa JA, Baloch Z, et al. 2025 American Thyroid Association Management Guidelines for Adult Patients with Differentiated Thyroid Cancer. Thyroid. 2025;35(8):841-985. doi:10.1177/10507256251363120.
  2. Mauri G, Hegedüs L, Bandula S, et al. European Thyroid Association and Cardiovascular and Interventional Radiological Society of Europe 2021 Clinical Practice Guideline for the Use of Minimally Invasive Treatments in Malignant Thyroid Lesions. Eur Thyroid J. 2021;10(3):185-197. doi:10.1159/000516469.
  3. van Dijk SPJ, Coerts HI, Gunput STG, et al. Assessment of Radiofrequency Ablation for Papillary Microcarcinoma of the Thyroid: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Otolaryngol Head Neck Surg. 2022;148(4):317-325. doi:10.1001/jamaoto.2021.4381.
  4. Sag AA, et al. Salvage Cryoablation for Local Recurrences of Thyroid Cancer Inseparable from the Trachea and Neurovascular Structures. J Vasc Interv Radiol. 2023;34:54-62.
  5. Hakime A, Khoury E, Hameg A, et al. Polytetrafluoroethylene-covered nitinol stent graft for treatment of carotid artery blowout syndrome in head and neck cancer patients. Laryngoscope. 2013;123(7):1670-1675. doi:10.1002/lary.24006.
  6. Plaforet V, Tournier L, Deschamps F, …, Hakimé A, et al. Covered Stent Graft for Treatment of Carotid Blowout Syndrome in Patients With Head and Neck Cancer. JAMA Otolaryngol Head Neck Surg. 2024;150(11):995-1001. doi:10.1001/jamaoto.2024.3228.

FAQ

Non. La chirurgie reste un traitement de référence. L’ablation est une option pour des situations strictement sélectionnées, après comparaison avec la surveillance active et les autres traitements

Principalement certains microcarcinomes papillaires uniques de 10 mm au maximum, sans extension hors de la thyroïde, ganglion suspect, métastase ni forme agressive, ainsi que certaines récidives cervicales localisées.

Oui. Une preuve cytologique ou histologique est indispensable, avec relecture si le sous-type ou le niveau de risque est incertain.

La radiofréquence détruit par la chaleur et dispose des données les plus nombreuses. La cryochirurgie détruit par le froid et permet de voir la zone congelée, mais son recul dans le cancer de la thyroïde est plus limité

Elle crée une distance de sécurité entre la cible et le nerf de la voix, la trachée, l’œsophage, les vaisseaux ou la peau. Elle réduit le risque sans pouvoir l’annuler.

Oui, dans certains cas localisés, surtout lorsqu’une nouvelle chirurgie est risquée ou refusée.

Le plus souvent, une anesthésie locale avec sédation adaptée suffit.

Souvent oui, après surveillance, si la voix, la déglutition et l’état général sont satisfaisants.

Par l’échographie Doppler, parfois l’imagerie injectée et, selon la situation, la biologie ou une biopsie. Le suivi prolongé reste obligatoire même si la lésion disparaît à l’échographie.

Oui. Une chirurgie reste possible si la réponse est incomplète ou si une récidive apparaît.

Ces informations sont générales. L’indication dépend du dossier clinique, biologique et radiologique de chaque patient.