Traitement de la tendinite d’Achille par embolisation
La tendinite d’Achille peut entraîner des douleurs persistantes à l’arrière de la cheville, une gêne à la marche, une limitation des activités sportives et un retentissement important sur la qualité de vie. Lorsque les traitements conservateurs deviennent insuffisants et que les symptômes persistent malgré la rééducation et les traitements habituels, l’embolisation peut être envisagée.
En résumé
L’embolisation de la tendinite d’Achille est une technique mini-invasive. Elle consiste à réduire certaines vascularisations inflammatoires anormales autour du tendon, et agit sur les mécanismes impliqués dans la douleur chronique. Elle est réalisée sous guidage par imagerie et est proposée au cas par cas après évaluation spécialisée.
Le principe : agir sur les phénomènes inflammatoires du tendon
Dans certaines tendinopathies chroniques d’Achille, le tendon développe une inflammation persistante, qui s’accompagne parfois d’une hypervascularisation anormale : de nouveaux petits vaisseaux sanguins (néovaisseaux) apparaissent autour des zones tendineuses lésées. Ces vaisseaux sont souvent associés à des fibres nerveuses néoformées, qui participent à l’entretien de la douleur chronique. Ce mécanisme entretient un cercle vicieux où la néovascularisation favorise l’inflammation, qui favorise à son tour la croissance de nouveaux vaisseaux et fibres nerveuses.
L’embolisation consiste à agir directement sur cette vascularisation anormale : le traitement repose sur l’injection de particules très fines dans les vaisseaux ciblés, ce qui réduit l’hypervascularisation inflammatoire et, par ce mécanisme, diminue les phénomènes douloureux chroniques du tendon d’Achille.
Contraste clinique
Des anomalies tendineuses importantes à l’imagerie peuvent être peu douloureuses ; à l’inverse, des douleurs importantes peuvent exister malgré des anomalies limitées.
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À quels patients s’adresse cette approche?
L’embolisation ne concerne pas toutes les douleurs du tendon d’Achille. Elle s’adresse à des patients présentant :
- une tendinopathie chronique d’Achille
- des douleurs persistantes malgré les traitements conservateurs
- une gêne importante lors de la marche ou du sport
- une limitation des activités physiques
- des douleurs chroniques invalidantes
Les patients décrivent souvent des douleurs à l’effort, une gêne à la course ou une difficulté à reprendre certaines activités sportives.
Tous les patients ne sont pas éligibles : l’indication dépend de l’état du tendon, du mécanisme de la douleur, des résultats de l’imagerie et du contexte clinique global. La décision est prise après une évaluation spécialisée.
Avant le traitement : une étape essentielle
Une évaluation préalable est indispensable. Le diagnostic repose sur l’analyse des symptômes, l’examen clinique et l’imagerie, et permet de confirmer l’origine tendineuse de la douleur, d’évaluer l’état du tendon, de rechercher une inflammation persistante et de s’assurer que l’embolisation est adaptée.
Une mauvaise indication peut limiter l’efficacité du traitement.
Déroulement : une intervention ciblée sans chirurgie ouverte
L’intervention est réalisée en radiologie interventionnelle :
- Une anesthésie locale est réalisée au point de ponction.
- Un microcathéter est introduit dans une artère, généralement au niveau de la jambe, puis guidé jusqu’aux vaisseaux ciblés de la région douloureuse.
- Des particules d’embolisation sont injectées de manière très précise dans les vaisseaux anormaux identifiés, de façon superselective lorsque cela est possible.
- Le cathéter est retiré et un pansement est posé.
Le geste est réalisé sans chirurgie ouverte, généralement sous anesthésie locale. La durée et les modalités varient selon chaque patient.
Le rôle central de l’imagerie dans le traitement
L’imagerie permet de guider la procédure avec précision. L’embolisation est réalisée sous contrôle radiologique (artériographie), qui permet de visualiser les petits vaisseaux impliqués dans les phénomènes inflammatoires chroniques du tendon et d’adapter le geste pour assurer la sécurité de la procédure. Le repérage préalable de la zone d’hypervascularité, parfois à l’aide d’un marqueur radio-opaque posé sous échographie, permet de cibler précisément la branche artérielle à traiter.
Résultats : ce qu’il faut réellement attendre
L’embolisation de la tendinite d’Achille est l’une des applications les mieux documentées de l’embolisation musculo-squelettique, avec plusieurs études de bonne ampleur. Une étude pilote portant sur 20 patients (29 procédures) a montré un taux de succès clinique de 86,2 % à 6 mois, défini par une réduction de plus de 50 % du score de douleur (VAS).
Une étude multicentrique plus large, portant sur 82 patients suivis jusqu’à 24 mois, confirme ces résultats avec un succès clinique chez 81,7 % des patients, et un score de douleur passant en moyenne de 6,7 à 1,5 sur 10 à 24 mois. Cette même étude suggère que les sportifs pratiquant une activité de loisir répondent mieux au traitement que les sportifs de compétition, probablement en lien avec la persistance de contraintes mécaniques plus importantes dans ce second groupe.
Dans de nombreux cas, l’embolisation permet :
- une diminution des douleurs
- une amélioration de la marche
- une réduction de la gêne fonctionnelle
- une amélioration des capacités physiques
Les effets peuvent être progressifs, bien que plusieurs patients rapportent une amélioration dès la première semaine dans les études disponibles. Une rééducation adaptée reste souvent importante après le traitement. Un suivi est nécessaire pour évaluer l’évolution.
Effets secondaires : ce qu’il faut savoir sans dramatiser
Comme toute procédure, l’embolisation comporte des risques, généralement limités. Les études disponibles rapportent principalement :
- des douleurs transitoires, parfois une gêne post-injection résolutive en quelques jours
- des ecchymoses au point de ponction (l’effet indésirable le plus fréquemment rapporté)
- une irritation locale
- de manière rare, des complications vasculaires
Le risque dépend du terrain du patient et de la précision du geste. Les études publiées rapportent un profil de sécurité favorable, sans complication majeure. Une information claire est délivrée avant toute intervention.
Embolisation VS autres traitements
L’embolisation ne remplace pas toutes les autres approches. Elle s’intègre dans une stratégie globale de prise en charge de la tendinite d’Achille. La kinésithérapie (notamment les exercices excentriques), les exercices de renforcement, le PRP, les infiltrations ciblées ou certains traitements interventionnels peuvent également être proposés selon les situations, parfois en association selon les études les plus récentes. Ces approches sont complémentaires, et le choix repose sur une analyse personnalisée.
Pourquoi l’expertise change tout
L’embolisation de la tendinite d’Achille nécessite une expertise spécialisée, reposant sur une analyse précise du mécanisme inflammatoire, une excellente connaissance de l’anatomie vasculaire et une maîtrise des techniques de radiologie interventionnelle. L’expertise permet de sélectionner les bonnes indications, de réaliser un geste précis et sécurisé, et d’optimiser les résultats du traitement.
Références
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Société Française de Médecine du Sport (SFMES)
- Société Française de Radiologie
- American Orthopaedic Foot & Ankle Society (AOFAS)
- Clinical Outcomes of Transarterial Embolization for Chronic Achilles Tendinopathy Refractory to Conservative Treatment: A Pilot Study, Journal of Vascular and Interventional Radiology, 2023 (20 patients)
- A Retrospective, Multicentric Evaluation of the Safety and Efficacy of Transcatheter Arterial Micro Embolization for Refractory Achilles Tendinopathy, Cardiovascular and Interventional Radiology, 2025 (82 patients, suivi à 24 mois)
- Sajan, A., Bagla, S., & Isaacson, A. (2020). Transcatheter arterial embolization as a treatment for chronic musculoskeletal pain: Current status and future directions. JBJS Reviews, 8(2), e0127.
FAQ
Il est généralement bien toléré et réalisé sous anesthésie locale.
L’amélioration peut être progressive selon les patients, avec des bénéfices confirmés dans les études disponibles jusqu’à 24 mois de suivi.
Une reprise progressive des activités sportives est généralement recommandée selon l’évolution clinique, les sportifs de loisir semblant mieux répondre que les sportifs de haut niveau selon les données disponibles.
Oui. Une reprise progressive de l’appui et de la marche est généralement possible rapidement.
Oui. Certaines contraintes mécaniques ou certaines lésions tendineuses peuvent continuer à évoluer avec le temps.
Non. Elle agit principalement sur certains mécanismes inflammatoires et douloureux autour du tendon.
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